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Date : 03-12-2024 21:37:21
BERNE (Suisse) - Une décision européenne affaiblit la protection du loup :
Hasard du calendrier, le Conseil de l'Europe et la Convention de Berne ont communiqué ce mardi que les 49 États membres avaient décidé de rétrograder le statut de protection du loup dans un avenir proche, afin de «mieux protéger le bétail dans un contexte d’augmentation de la population des loups». C'est exactement ce que demandait une motion débattue ce matin au Conseil des États.
C'est la conseillère aux États Mathilde Crevoisier Crelier (PS/JU) qui a révélé cette décision: «Nous avons appris en «breaking news», a-t-elle déclaré, que le comité permanent de la Convention de Berne a accepté, ce matin même, au moment où nous en parlons, cette rétrogradation».
>>> Protection moins stricte :
La décision du comité permanent est que le loup ne sera plus une espèce «strictement protégée», au sens de l'annexe 2 de la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, mais une espèce «protégée», au sens de l'annexe 3. C'est exactement ce que demandait, en partie, une des motions.
Le conseiller Beat Rieder (C/VS) a rebondi aussitôt sur cette bonne nouvelle pour les adversaires du loup: «J'espère que cette décision de la Commission européenne - enfin une décision intelligente de la Commission européenne - sera désormais mise en œuvre par vous rapidement et de manière raisonnable, a-t-il dit à l'adresse du chef du DETEC, Albert Rösti. (...) Vous pouvez le faire rapidement et efficacement. Alors peut-être que nous, au sein de ce conseil, n'aurons plus à passer des heures à parler de ce loup».
>>> Des zones «zéro loup» :
Le deuxième objectif de la motion concernait la création de zones «zéro loup», c'est-à-dire ici d'éliminer carrément le loup dans certaines régions. Au mois d'avril, le Conseil national avait adopté une motion du Centre en ce sens par 95 voix contre 83 et 7 abstentions.
Le Conseil fédéral Suisse a déjà répondu que ce concept de «zéro loup» n'était pas compatible avec le droit suisse. Celui-ci ne prévoit «pour aucune espèce indigène des zones dans lesquelles tous les individus de l'espèce en question peuvent être abattus». Et d'ajouter qu'une telle politique serait compliquée, «notamment pour des espèces qui, comme le loup, requièrent de vastes territoires et parcourent de longues distances».
En plus d'une charge de travail importante pour les cantons, ces zones «zéro loup» donneraient un «faux sentiment de sécurité aux personnes concernées, car les dégâts causés par le prédateur continueraient de se produire dans ces zones aussi».
>>> Moins de bureaucratie :
Une seconde motion, portée par Fabio Regazzi (C/TI), réclamait moins de bureaucratie et plus d'efficacité dans la politique du loup. «Les dispositions légales existantes pour la régulation du loup sont trop compliquées, trop rigides et surtout trop bureaucratiques, a-t-il dénoncé. Les agriculteurs, les éleveurs et les communes concernées sont confrontés à des défis massifs, tandis que l'administration passe souvent plus de temps à faire de la paperasse qu'à trouver des solutions pragmatiques».
>>> Albert Rösti veut temporiser :
Le Conseil Fédéral Suisse et son représentant Albert Rösti n'étaient pas formellement favorables aux deux motions. Ils estiment qu'il faudrait déjà faire le point sur les nouvelles facilités de tir octroyées depuis l'hiver 2022-2023. «Si cela ne porte pas suffisamment de fruits dans un an ou deux, a-t-il dit, je serai le premier à proposer une nouvelle législation. Dans le règlement, je pense que nous demanderons au Conseil fédéral ce qui est possible en vertu de la législation existante, qui devra ensuite être mise en œuvre».
Au final, la motion de commission a toutefois été acceptée par 32 voix à 11. Celle de Fabio Regazzi par 31 voix à 12.
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