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Date : 20-12-2024 14:44:04
Le vieil homme et son chien
Seul et fatigué par les années, j'avais cru qu'un chien remplirait le vide de mon existence.
Je l'ai trouvé un soir d'automne, errant sur le chemin. Sale, maigre, l'espoir absent dans ses yeux ternis. Je me suis accroupi et, doucement, j'ai tendu la main. Il n'a pas reculé. Au contraire, il s'est approché, son museau froid contre ma paume, comme s'il m'attendait depuis toujours. Depuis ce jour, il est devenu mon chien, et moi, son maître.
Je lui parle comme à un vieil ami, et lui me répond par des battements de queue et des léchouilles au creux des mains. Chaque soir, il me regarde avec une patience infinie.
— "Fido, demain il n'y aura rien à manger. La retraite est finie, il va falloir attendre."
Il penche la tête, comme s'il comprenait. Et il attend avec moi.
Le jour tant espéré finit par arriver. Dans la longue file des retraités, je serre entre mes mains mon vieux livret aux coins usés par le temps. Chacun ici porte son âge sur les épaules. Fido, lui, ne se soucie pas de l'attente. Sa queue bat joyeusement contre mes jambes. Il sait qu'aujourd'hui, nous mangerons plus, peut-être même un peu mieux.
L'hiver s'installe, implacable. Ma maison est glaciale. Pas de feu pour réchauffer les murs, mais qu'importe. Fido est là, blotti contre moi. Sa chaleur vaut tous les feux de cheminée du monde.
Quand le printemps éclot enfin, il nous trouve dehors, assis côte à côte sous le premier soleil. Je ferme les yeux, et dans le silence embaumé de terre humide, une prière me traverse le cœur :
— "Merci, Seigneur, d'avoir créé le chien."
Charles Bernal.
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