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Date : 13-07-2026 14:32:15
Jean sans Terre, ça devrait vous dire quelque chose... Non ? bande de chenapans incultes ! Alors je vais vous raconter son histoire, transposée de nos jours, et, comme rien ne m'arrête (de poisson), je vous plonge en pleine saga de science fiction, imaginant que ce pauvre Jean se soit réincarné dans le corps d'un de nos plus beaux spécimens d'hommes politiques, que je m'applique à ne pas trop sacraliser, en me contentant de le désigner par ses initiales, et vous le reconnaîtrez, ou pas...
Il était une fois un homme connu seulement sous les mystérieuses initiales N.S. Les mauvaises langues prétendaient qu'elles signifiaient « Non Stop », tant il courait les plateaux télé. Ses admirateurs préféraient « Noble Seigneur », ce qui flattait agréablement son ego sans coûter un centime au contribuable.
Comme Jean sans Terre, notre N.S. semblait toujours posséder moins de terrain que de discours. Il inaugurait des ronds-points qui ne tournaient pas rond, coupait des rubans plus vite que son ombre et promettait des lendemains qui chantaient... avant de découvrir qu'ils avaient tous posé un RTT.
Son enfance fut déjà politique. Au bac à sable, il annexait les pâtés de sable des voisins au nom de la sécurité collective. Les autres enfants signaient des traités de paix avec leurs seaux en plastique, mais N.S. exigeait toujours une clause secrète lui réservant la pelle.
À l'école, il obtenait des majorités absolues pour décider de la couleur de la craie. Lorsqu'il perdait un vote, il réclamait aussitôt un recomptage, puis une commission d'enquête, puis une réforme du système scolaire.
Adolescent, il découvrit les réseaux sociaux. Chaque publication recevait trois cents commentaires : cent pour l'encenser, cent pour l'éreinter et cent expliquant que, de toute façon, c'était la faute des algorithmes.
Devenu adulte, il entra en politique comme d'autres entrent en religion : avec une foi sincère... en leur propre destinée.
Ses campagnes électorales ressemblaient aux croisades médiévales, sauf que les chevaliers portaient des costumes bien repassés et les destriers des batteries lithium-ion.
Jean sans Terre avait perdu la Normandie ; N.S., lui, perdait régulièrement la connexion Wi-Fi en pleine visioconférence internationale. Les chroniqueurs jugèrent l'événement presque aussi dramatique.
Chaque meeting voyait apparaître des fidèles convaincus que Noble Seigneur allait sauver la nation avant le journal de vingt heures.
Ses adversaires l'accusaient de retourner sa veste. Il répondit qu'il s'agissait d'un modèle réversible, parfaitement adapté aux alternances démocratiques.
Comme Jean sans Terre affronta les barons, N.S. affronta les éditorialistes. Les premiers maniaient l'épée ; les seconds la petite phrase. À bien y réfléchir, les blessures étaient parfois comparables.
Il annonça une grande réforme. Les experts publièrent huit cents pages d'analyse. Les citoyens lurent le titre. Les humoristes lurent les huit cents pages et firent de meilleures synthèses que tout le monde.
Un jour, une fuite révéla son agenda. On y trouvait : « 8 h : sauver le pays. 9 h : café. 10 h : sauver le pays, mais avec des viennoiseries. »
Il adorait les bains de foule. Les foules, elles, préféraient parfois les bains tout court.
Jean sans Terre dut accepter la Magna Carta. N.S. dut accepter les conditions générales d'utilisation de son smartphone. Il cliqua sur « J'accepte » sans les lire, rejoignant ainsi l'immense tradition de l'humanité.
Les caricaturistes le dessinaient tantôt en lion, tantôt en hamster sous caféine. Les deux portraits lui ressemblaient étrangement.
À chaque scandale, il déclarait : « Toute cette affaire manque de contexte. » Le contexte, consulté, demanda le droit de garder le silence.
Les journalistes le poursuivaient. Lui poursuivait les sondages. Les sondages, eux, poursuivaient leur chute libre avec une remarquable impartialité.
Il fonda une commission pour simplifier les commissions. La commission conclut qu'il fallait créer une sous-commission.
Les économistes parlaient de croissance molle. Les humoristes évoquaient une croissance en télétravail.
N.S. rêvait d'entrer dans l'Histoire. L'Histoire répondit poliment qu'elle avait déjà beaucoup de dossiers en attente.
Ses discours étaient si longs que certains téléphones demandaient une recharge avant les applaudissements.
Il se comparait parfois à César. Ses opposants le comparaient plutôt à un GPS annonçant : « Faites demi-tour dès que possible. »
Un chroniqueur résuma sa carrière : « Il a toujours su prendre le train de l'avenir... en montant parfois dans le wagon-bar. »
À force de promesses, il finit par promettre de promettre moins. Cette promesse-là connut un succès mitigé.
Le destin, qui possède un humour assez noir, rappela qu'aucun fauteuil n'est éternel, surtout lorsqu'il est électif.
Le jour où il quitta le pouvoir, les micros s'éteignirent avec une rapidité qui aurait mérité une médaille olympique.
Il écrivit alors ses mémoires. Trois tomes. Le premier racontait pourquoi il avait eu raison. Le deuxième expliquait pourquoi les autres avaient eu tort. Le troisième démontrait que les deux premiers avaient été mal compris.
Les historiens comparèrent finalement Jean sans Terre et N.S. Le premier avait perdu des provinces ; le second perdait surtout la maîtrise de son agenda, de son image et parfois de son mot de passe.
Au crépuscule de sa vie publique, Noble Seigneur contempla le paysage politique comme un vieux chevalier observant un parking de trottinettes électriques. Le monde avait changé ; les joutes se faisaient désormais à coups de notifications.
La morale ? Les couronnes deviennent des casquettes, les châteaux des plateaux de télévision, les hérauts des influenceurs, les enluminures des mèmes, mais le pouvoir reste un grand manège : certains attrapent le pompon, d'autres seulement la queue du Mickey, et tout le monde finit par descendre quand la musique s'arrête.
Et si Jean sans Terre revenait aujourd'hui, il regarderait N.S. avec une certaine compassion avant de lui glisser : « Moi, j'ai perdu un royaume ; toi, tu peux perdre une élection pour un mauvais selfie. Les siècles passent, mais le ridicule, lui, demeure un souverain absolu.
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